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Pourquoi les levées de fonds menacent les startups

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Les levées de fonds des startups atteignent aujourd’hui des sommets en France. Cette dynamique volontariste a l’ambition de créer à marche forcée des géants (les fameuses « licornes »), avant que les entreprises étrangères aient conquis les marchés d’avenir. Pourtant, une question se pose : et si l’afflux de capitaux, au lieu d’aider les entreprises innovantes, menaçait la pérennité de leur projet ?
 

Un phénomène inédit depuis 20 ans


 
La technologie est, aujourd’hui en France, plus qu’un air de saison : c’est un engouement jamais vu depuis la fin des années 90 et la fameuse « bulle boursière des valeurs Internet ». Pas un jour sans un coup de projecteur sur un projet, une équipe, une histoire. Pas un jour sans l’annonce d’une nouvelle levée de fonds sur les sites spécialisés, tels que myfrenchstartup.com ou frenchweb.fr. Un nouveau monde semble émerger à coups de millions d’euros d’argent privé et public, et nous en sommes témoins.
 
La tendance est impressionnante : 3,644 Milliards d’euros levés en 2018 en France selon le bilan d’Adrien CHALTIEL, fondateur d’ELDORADO, plateforme de financement des startups.

+55,6% en montants et +12,7% en dossiers par rapport à 2017, « année déjà exceptionnelle pour l’écosystème » précise avec jubilation le spécialiste. On va vite dans l’écosystème. Vite et haut. Dans tous les secteurs (bio, divertissement, informatique, santé, finance, mobilité, ressources humaines, industrie...) - mais pas avec la même intensité, l’argent semble couler à flot pour les entrepreneurs et leurs intermédiaires. La dynamique semble irrésistible.
 

Presse, people, business : c’est la fête !


 
Si la dynamique semble irrésistible, c’est aussi parce qu’elle est soutenue par la presse. Le quotidien AGEFI par exemple, quand il annonce dans son édition Internet du 19 juin dernier que Le financement des Fintechs françaises atteint des sommets ».

Après 370 Millions € levés en 2018, les Fintechs françaises accélèrent : en 2019, 354 Millions € ont été levés sur le seul 1er semestre ! Ou bien LES ECHOS, le 1er quotidien économique du pays, qui couvre l’actualité des startups dans des rubriques dédiées et complète cette information continue avec de nombreux articles d’analyse, le plus souvent enthousiastes, comme par exemple le 16 mai 2019 :
 
Si la dynamique semble aussi irrésistible, c’est que l’écosystème sait créer l’événement. VIVA TECH par exemple, la grand-messe techno, organisée chaque année depuis 2016 par… LES ECHOS (la boucle est bouclée) et PUBLICIS - le groupe de communication. Au programme, les plus hautes personnalités de l’État - politiques et haut fonctionnaires, le gratin international du business, des journalistes du monde entier et de nombreuses entreprises, des jeunes pousses prometteuses aux premières licornes françaises. Comment ne pas être ambitieux, prêt à dévorer le monde, dans un tel environnement ? Oui mais mieux vaut être aidé pour y parvenir.
 
Ce sont les têtes d’affiche en affaires qui s’en occupent, Xavier NIELS en tête, qui multiplient les initiatives et les investissements. Ce sont les « startuppers » accomplis qui ont vendu (cher) leur projet et essaiment à leur tour une partie de leur fortune. Ce sont les plus grands groupes français qui se mobilisent en intra ou en externe : pépinières, participations, hubs… C’est tout un business intermédiaire - capital risque, droit, finance, communication, ressources humaines - qui s’y mêle et profite du climat. 
 
Difficile dans cet environnement de passer à côté du message : « On vous aide parce qu’on vous aime ! », « l’objectif, c’est le monde » ou, à défaut, « si tu n’es pas « in », c’est que tu es « out »

Tu as une idée, un savoir-faire technologique, tu veux réussir vite, prendre des bureaux, recruter à tour de bras, dépenser sans trop compter, communiquer en grand, grossir à toute vitesse, valoriser ce qui n’existe pas encore et conquérir la planète ? La marche à suivre est connue, c’est créer une startup, lever les capitaux qui n’attendent que toi et dépenser plus. What else ?
 

Un engouement porté par les marchés et les autorités publiques


 
D’autres facteurs expliquent aussi cet engouement :
 
  • L’argent n’est pas cher : à la source, il est même donné. L’assouplissement quantitatif – plus connu sous sa dénomination anglo-saxonne, le fameux « quantitative easing » - de la politique monétaire conciliante des banques centrales soutient le dynamisme des marchés coté et non coté et les moyens du « Private equity ».

  •  Les autorités publiques françaises poussent derrière. Après plusieurs années d’hésitation, les dirigeants politiques se sont lancés à fond dans la partie pour faire émerger nos « champions de demain ». Emmanuel MACRON, Président de la République, appelle à l’émergence de la « Startup Nation ». La loi PACTE a été votée. L’État et son bras BPI France multiplient les initiatives pour soutenir les entreprises et créer un environnement propice au succès, « pro-business » comme jamais.

  • Les groupes décatis ont besoin de pépites. En France, des groupes puissants ont tardé à prendre le virage des innovations. Plus de temps à perdre : il leur faut trouver leurs propres pépites pour s’inscrire au futur– au mieux des perles à s’accrocher au cou, pour briller, au pire un antiride, pour l’image.
 

Cet engouement sert-il les Startups ?


 
A ce moment, mieux vaut faire une pause, un pas de côté, et reprendre son souffle. Prendre un peu de recul aussi pour poser la question qui fâche : les startups ont-elles besoin d’autant d’amour et de cet amour-là ?
 
Oui : les Startups ont des besoins croissants. Dans un monde digital décloisonné, ouvert à la concurrence sans frontière, le nerf de la guerre pour gagner, c’est la vitesse. Or plus on a d’argent, plus on va vite : pour agrandir l’équipe, multiplier les sites présentiels, développer les solutions et les protéger, les promouvoir partout. La prime à la taille domine : il faut organiser l’hypercroissance pour avoir une chance, et se renouveler sans cesse pour rester compétitif…
 
Non car la clé du succès ce ne sont pas les capitaux, c’est l’innovation et l’indépendance :
 
  • La finance tient aujourd’hui sur un fil : que deviendront les financements indispensables dans cette course au gigantisme quand le bulle financière aura une nouvelle fois éclatée, un prochain jour ou l’autre ?

  • La dynamique existe, mais elle est peut-être surestimée : le nombre de tours de table Seed plafonne depuis 2017 (voir le bilan déjà cité) ; le nombre de dossiers diminue (657 en 2018 contre 689 en 2017 selon le site d’informations MADDYNESS) ; le financement long n’est assuré ni en montant ni en durée, surtout comparé aux Britanniques, aux Chinois, aux Américains. 

  • Les Startups sont structurellement limitées par la nature de l’environnement capitalistique français, sa concentration et ses conflits d’intérêts. L’écosystème est entre les bonnes mains de l’ancien système, ravalé en urgence. Les projets véritablement disruptifs, capables de renverser sa table, sont-ils mis en avant et soutenus autant qu’il le faudrait, ou contrôlés pour ne pas faire trop de vagues ? Or ce sont eux qui changeront le monde…

  • Une startup développant un savoir-faire unique, une véritable innovation ne peut pas porter son projet durablement dans cet écosystème. L’écosystème tel qu’il est sert plus une logique d’évolution maîtrisée que de révolution nécessairement destructrice de positions dominantes et d’avantages acquis pour durer... 
 
Attirées par une dynamique irrésistible, les startups et leurs fondateurs sont menacés de griserie alors qu’ils doivent :
 
  • Se concentrer sur leur innovation pour la mener au bout de leur rêve, de leur conviction, de leur vision, de leur intuition
  • Maîtriser leur budget plutôt que de succomber à la facilité des levées de fonds en réalité extrêmement déstabilisantes
  • Préserver leur indépendance plutôt que de s’allier à ceux qui n’ont peut-être pas intérêt à l’aboutissement de leur innovation.
 
De plus en plus de startuppers l’ont bien compris. Ils se parlent, échangent, se serrent les coudes pour progresser, en marge des guirlandes lumineuses et des filets dorés bienveillants.  Parmi eux, des pépites qui ne sont pas à vendre ne vont pas tarder à étonner…
 
Patrick Herter, CEO de Winoom

[Image de couverture : illustration réalisée par Evemarie pour Winoom © FRN Ingénierie]

Publié le 27-06-19
Dernière édition mercredi 16 octobre 2019 15h58
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